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Je suis une jeune fille
31 janvier 2010 by Ambrouille

Comme cela  a déjà été raconté dans le Bilan HHY 2009, j’ai rencontré pour la première fois Thalie dans un TGV (et c’est là que  ma vie a basculé). Au départ j’avais pas grand chose à lui dire, et puis on a commencé à parler de journaux féminins, parce que, sans vouloir balancer, Thalie avait sorti de son sac un Glamour qu’elle comptait bien lire pour passer le temps, sans doute parce que je ne trouvais justement rien à lui raconter. Alors je lui ai dit toute mon aversion pour ce genre de publications, et  soudain la conversation est devenue passionnante. Depuis on a décidé de faire ensemble un magazine féminin alternatif et HHY est né.

Jeune Fille au Bouquet de Fleurs des Champs, Fritz Zuber-Buhler (1822 - 1896)

Jeune Fille au Bouquet de Fleurs des Champs, Fritz Zuber-Buhler (1822 - 1896)


Je n’aime pas la presse féminine parce que tous ces conseils,  faux-témoignages et  publicités qu’elle se permet de délivrer me semblent être  les vecteurs d’un terrible dictat social. On nous dit exactement comment il faut être, comment s’habiller, comment s’épiler, comment élever ses enfants et comment se comporter au lit. Les magazine féminins sont vraiment tout sauf  féministes,  enfin sauf si l’épanouissement rime avec mode, déco, cuisine et maquillage.

Il parait qu’au début de la presse féminine (c’était encore tout nouveau ça venait de sortir),  il y eut une brève rumeur au sujet d’une étude scientifique montrant que ces magazines produisaient un effet carrément déprimant sur leurs lectrices… Et moi ça ne m’étonne pas, car quand j’ai fini la lecture d’un journal féminin, je ne pense qu’à mes kilos en trop, mon look de ringard  et ma vie sexuelle  totalement morne… Et en plus mon horoscope est toujours pourri.

Le pire c’est la presse  people : comment peut-on être fasciné par la vie  de ces  gens qui ont des piscines à Beverly Hills, tournent des films, prennent de la coke et  portent des smokings ? Ça vous fait rêver vous ? Moi ça me rend juste aigri.

Cependant à l’époque  je manquais un peu  d’outils conceptuels pour exprimer tout ça, et j’ai découvert récemment une théorie très intéressante : “la théorie de la Jeune-Fille”*, grâce à la revue Tiqqun**.  Ici, la jeune Fille c’est une image, un symbole. En fait nous sommes tous des jeunes filles, surtout Archyoda quand il joue au Beach-Volley.

L’exemple type de la jeune fille, c’est par exemple Silvio Berlusconi quand il dit des journalistes : “ils ont touché à ce que j’avais de plus cher, mon image”.  Une image c’est très fragile, c’est pour ça que c’est si précieux… En un rien de temps, elle peut se ternir, il suffit d’un poil qui dépasse du maillot, ou juste  d’une légère faute de gout (comme par exemple  une paire de chaussettes blanches, une chemise à manche courte  ou un sac qui était à la mode l’été dernier). Et maintenant avec Internet (2.0), nous en sommes tous à montrer le meilleur de nous, à cultiver notre e-réputation, comme si le monde était une grande cour de collège où chacun se scrute des pieds à la tête à la recherche du petit défaut qui pourrait faire l’objet d’un quolibet***.

Moi ça me fait peur quand je vois les collégiennes d’aujourd’hui en string et talons, car elles annoncent  le genre de société vers laquelle nous nous dirigeons inexorablement**** . Tout ce qui compte pour nous, jeunes filles  en bonne santé  et totalement narcissiques :  c’est de séduire. Comme il est dit dans la Théorie de la jeune fille : “La séduction est le nouvel opium des masses, la liberté d’un monde sans liberté, la joie d’un monde sans joie…” (bon c’est un peu pompeux parfois ce texte, il faut bien le dire, c’est pour ça que je tente de le reformuler sur ce blog).

Ce désir croissant d’apparaitre sous son meilleur jour permet de créer sans cesse les nouveaux besoins dont se nourrit la société de consommation. Ainsi, Thalie continue d’empiler  les crèmes de jour cancérigènes, de collectionner les chaussures comme presque toutes ses congénères, et moi je continue d’aller en boite de nuit pour regarder les filles danser sans m’en taper jamais une. Et pour couronner le tout, les magazines féminins arriveraient presque à me culpabiliser de ne pas assez profiter de ma jeunesse, car ce n’est pas quand j’aurais des rides (car moi je ne met pas de crème, faut pas déconner), de la calvitie, de la brioche, une bobonne et des mioches à la maison que j’aurais l’occasion de m’amuser.

Si ça continue, dans 10 ou 20 ans, Thalie, sur son blog n’écrira plus “La cosmétique pour les nuls” (car de toute façon pour elle  il sera trop tard), mais peut-être “la chirurgie esthétique pour les nuls” , ou bien “j’ai testé pour vous la liposuccion”. Tandis que d’autres blogueurs d’origine alpine raconteront comment ils se sont tapés leurs secrétaires (jusqu’à ce que leur femme tombe sur leur blog)….

La Jeune Fille est un pur produit de la société du spectacle. La société du spectacle ce n’est pas qu’une société où l’on passe son temps à mater des conneries à la télé ou sur le net , c’est un monde où nous nous donnons tous mutuellement en spectacle les uns aux autres, c’est la société qui se contemple elle même.  Dans Confessions Intimes, ça nous fait bien  marrer de voir la misère sociale et culturelle de certaines personne, et si ça se trouve, ça ferait bien rigoler Georges Clooney et Angelina Jolie de voir la vie de merde que je mène en ce moment.

* Premiers matériaux pour une théorie de la jeune fille, 2001

** revue fondée en 1999 par de dangereux anarchistes, dont Julien Coupat, celui-là même qui est resté 6 mois en détention provisoire soupçonné injustement de sabotage, alors que son seul crime était d’avoir émis  des opinions  assez peu consensuelles.

*** une vanne, en langage courant.

**** merci à JJ Goldman, le premier à ma connaissance à avoir su employer  l’adverbe inexorablement.


8 Responses  
Thalie writes:
31 janvier 2010 at 23:51

Oui alors là, je m’insurge, mes crèmes sont bios, donc non cancérigènes, et je ne collectionne pas les chaussures, j’en ai moins de 50 paires, donc ça compte pas. Et dans 20 ans je serai atrocement vieille, je ne blogueurai plus, mais je ne me ferai pas botoxer la gueule ni lipposucer les cuisses non plus, elles sont très bien mes cuisses avec leur cellulite. Non mais.
Quant au concept de s’amuser avant d’avoir une femme et des gosses, c’est sinistre, j’espère bien qu’on continue à s’amuser après…
Intéressante théorie néanmoins, après, est-ce que les lectrices des féminins prennent vraiment ça pour argent comptant ? Parce que moi, quand j’en achète pour le train ou la plage, on ne peut pas dire qu’à chaque page je remette mes imperfections en question et que je m’arrache la tête pour savoir comment tout faire comme c’est écrit dedans.
(oui, c’est dimanche, c’est toute la profondeur dont je suis capable le dimanche).

Ambrouille writes:
1 février 2010 at 11:20

Je crois que ça ne sert à rien de faire des posts le dimanche, personne ne les lit…

LEO writes:
1 février 2010 at 13:01

mais si, Ambrouille, mais si, on les lit. Il faut juste se remettre du choc d’apprendre que tu es une jeune fille.
En ce qui concerne les magazines feminins, le positionnement est souvent assez ambigu. Un magazine comme Elle se revendique feministe, avec ses articles sur la condition des femmes a travers le monde, etc, mais effectivement a cote de ca les couvertures sont les memes que chez les autres, comment perdre 37 kgs en 2 jours apres les fetes, et avoir l’air d’une petasse en portant un foulard sur la tete comme Nicole Ritchie. D’ailleurs il y a une polemique en ce moment avec des lectrices qui s’enervent sur leur forum parce que le sujet “Elle collabore aux Etats generaux de la femme” juxtapose celui sur les “foufounistas” (l’epilation fashion du maillot) photos a l’appui.
Ceci dit, bon, quand je lis “les collégiennes d’aujourd’hui en string et talons, car elles annoncent le genre de société vers laquelle nous nous dirigeons inexorablement . Tout ce qui compte pour nous, jeunes filles en bonne santé et totalement narcissiques : c’est de séduire.”, ca me fait sourire. La seduction nouvel opium du peuple,hum, je suis dubitative, d’abord parce que ca n’a rien de nouveau (ok, les Grecs n’avaient peut etre pas de strings mais ils etaient encore plus obsedes que nous aujourd’hui par la perfection des proportions, les grandes seductrices de l’histoire, de Cleopatre a Lucrece Borgia, sont legions, et globalement pendant longtemps ca a ete le seul role imparti aux femmes - une seduction passive pour la plupart, certes, peut etre moins sexuellement agressive que le string, mais bon les dames du Moyen Age n’avaient pas grand chose d’autre pour se distraire que de se faire belles toute la journee pour les troubadours), ensuite parce que tu as toujours l’air de dire que la seduction est un esclavage pour les femmes et je ne suis pas d’accord: mettre des cremes, c’est aussi AGREABLE. S’acheter de belles chaussures, c’est aussi se faire plaisir.
Je sais bien que tu es persuade que les filles ne s’epilent et s’habillent que pour seduire les hommes, mais ca me parait tres reducteur, et puis on peut aimer seduire ET ne pas etre totalement soumise aux diktats de la mode, ET avoir un cerveau.
Quant a la presse people, je ne crois pas que ca fasse rever les gens (enfin je me trompe peut etre je ne frequente pas beaucoup de vrais accros a ce genre de presse) mais plutot que ca les rassure de voir que les “stars” ont des problemes finalement tres banals (ici le nombre de reality shows mettant en scene des celebrites est ahurissant, et je pense que c’est plus de se dire que Denise Richards aussi cherche desesperement un mec, ou que tel acteur has been se fait refouler aux castings ou s’est brouille definitivement avec sa famille, qui fascine les gens. Ces shows sont tout sauf glamour).

La Bulle writes:
1 février 2010 at 13:47

nan mais c est quoi cette news ? c est un magazine alternatif féminin HHY ?

Thalie writes:
1 février 2010 at 13:52

Je plussoie.
D’ailleurs, autant quand on est jeune on peut éventuellement être obsédée par son physique et la séduction, ce qui finalement révèle davantage un manque de confiance en soi qu’un vrai désir de plaire à autrui, autant en prenant de l’âge, quand on a réalisé qu’on ne séduit pas forcément avec ses chaussures ou sa peau impec, on a tendance à s’en foutre un peu plus, de séduire, et à chercher à se plaire à soi.
Si je me mets des crèmes sur le visage, c’est principalement parce que si j’en mets pas, j’ai la peau qui tire et que c’est inconfortable, et si je m’achète des bottes (qui d’ailleurs les 3/4 du temps ne plaisent pas à ces messieurs), c’est avant tout pour ma pomme. Et je me sens relativement hermétique à la pub, à la pression des féminins pour être tout le temps au top en y consacrant la moitié de son salaire. Je sais depuis un moment que mon bien être n’est pas lié à l’achat d’un it bag à 1000 euros ou à une épilation top fashion du maillot.
Être obsédé par son apparence, ça relève quand même d’une image de soi déficiente, et/ou d’un QI d’huitre.

No writes:
1 février 2010 at 15:38

T’as parlé à tam?? Ou c’est juste une de ces terribles concordances spontanées entre frère et soeur?

Ambrouille writes:
2 février 2010 at 13:16

@No : Effectivement c’est tam qui m’a filé ce texte. On attend toujours son commentaire, et même pourquoi pas un petit billet un de ces jours.

Thalie writes:
2 février 2010 at 13:45

Oui, tiens, bonne idée, ça, un billet de Tam.

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