Sur HHY, on vous a souvent évoqué le Berghain, le supposé meilleur club du monde, mais il y a un autre endroit à Berlin dont je voudrais vous parler : le Bassy Cow Boy Club, qui se trouve entre Mitte et Prenzlauer Berg, près de Rosa Luxembourg Platz. C’est la boîte de nuit où je suis allé le plus souvent dans ma vie, même plus souvent qu’au Rex club, c’est pour dire.
Le Bassy, c’est un club sixties, c’est même un club pour les ayatollas des sixties, ceux qui considèrent que l’histoire de la pop music à partir de 68 n’est plus qu’une longue dégénérescence, comme pour toute la civilisation occidentale d’ailleurs. Je précise que ce n’est pas mon cas, j’aime bien aussi certains sons qui sont sortis entre 77 et 82, je suis un mec ouvert.
Le Bassy est un lieu complètement hors du temps. La déco est assez spéciale : on peut y admirer notamment une intéressante collection de trophées de chasse, dont un loup empaillé, un bel assortiment de boules à facette, une potence à côté des platines, un lustre défectueux au dessus du bar, et un écran vidéo où sont généralement projetées des images de filles à poil. Le tout forme un ensemble d’assez mauvais goût (à l’image de leur site), et en plus la sono est pourrie. Mais qu’à cela ne tienne, il est si rare de nos jours d’avoir l’occasion de danser sur de la bonne musique…
Au début il faut toujours un peu de temps pour rentrer dedans, mais en général au bout de 20 minutes, les pieds se délient et se mettent à twister avec furie. Ensuite, les hanches suivent le mouvement et puis la tête commence à s’agiter. Le rythme envahit le corps de bas en haut, c’est exactement l’inverse d’une soirée Hip Hop…
Le Bassy a aussi ses habitués emblématiques : DJ Lobotomy qui fait froid dans le dos, le sosie d’Audrey Hepburn qui passe des disques dans la salle fumeur, les 2 Dijettes Damned Janet et Goldfinger, deux brunes aussi ténébreuses qu’inaccessibles, Steffi, vétérinaire blonde au regard glacé, qui doit certainement vouer un culte au loup empaillé, Olivier le roi autoproclamé de la nuit, qui ressemble étrangement à Bismarck, ou encore le fameux Mister POP qui se déguise toujours en John Lennon, et tant d’autres personnages aux looks improbables ; les mecs ont des cravates et des bottes pointues, les filles portent des jupes pinceaux, des talons aiguilles vertigineux et les cheveux bouffants.
C’est une sorte d’îlot rescapé de l’âge d’or du rock and roll, un petit bout émergé de l’Atlantide qui résiste courageusement au raz de marée de la “médiacrité”. Le Bassy, je vous le conseille c’est trop Happy Happy Yé-Yé.

Une identité visuelle délicieusement surannée