Le web 2.0, il y a 3 ans on en parlait, sans trop savoir ce que ça voulait dire, et puis très vite, ce mot a pris un sens pour toute une génération d’internaute : le web 2.0, l’internet communautaire, le ” user-generated-content”, en un mot, c’est Facebook. Quand on se promène dans la rue on n’entend plus que ça, Facebook par ci, Facebook par là : “ah oui, tu as vu, le mec, il m’a addé, il m’a tagué, il a posté sur mon wall, et il m’a même envoyé un bisou”. C’est beaucoup plus qu’une mode, c’est devenu un phénomène de société, une révolution, un monde 2.0.
Moi je suis assez accro à facebook, j’y vais environ 60 fois par jour, mais je n’y passe que 2 minutes à chaque fois, (ce qui fait quand même 2 heures en tout par jour, sans compter le temps que je passe sur twitter) et encore je ne fais pas toutes ces applications débiles, du genre Paf le chien, les conseils de Tata Jeanine ou la ferme à Dédé, non, j’utilise Facebook pour ce qu’il a de vraiment utile, à savoir pour satisfaire ma curiosité et entretenir mon narcissisme.
Je n’arrive même plus à concevoir mon avenir sans Facebook. Et si un incendie criminel détruisait tous ses serveurs ? Le cauchemar absolu, je perdrai tout mon réseau, tout mes contacts, le chaos total, le nobod absolu, comme perdre son téléphone portable puissance 10 !
Jadis on croisait des gens au cours d’une vie, on s’y attachait, on les aimait, on s’envoyait quelques cartes postales et avec le temps on finissait pas se perdre de vue bêtement. Ce temps est maintenant révolu, grâce au grand livre des visages, il vous suffit de coller vos rencontres d’une vie ou d’une nuit dans votre album Panini, et hop, vous recevez des nouvelles régulièrement, c’est comme si vous aviez tous vos amis sous les yeux, près du cœur…
Par exemple, je suis super content d’apprendre que mon amoureuse de CE2 vient d’avoir un bébé ou encore que mon petit cousin a eu 14 ans et a bu des vodkas red-bulls avec ses potes de catéchisme. J’aime beaucoup moins tomber sur des photos de la femme de mes rêves dans les bras de son nouveau mec (qui a vraiment l’air super con en plus), ou bien de la dernière soirée VIP où je n’étais pas invité. J’aime pas non plus voir traîner des photos de moi en train de danser à moitié à poil un soir où je fêtais innocemment mon bac. Et si facebook a crée de nombreux couples, je suis certain qu’il en a défait plus d’un “Mais qu’est-ce que tu faisais à cette soirée au milieu toutes ses filles alors que tu m’a dis que tu bouclais un dossier au bureau ?”
C’est bien le problème de Facebook et par extension de la société 2.0 : on s’approche dangereusement de la dystopie orwellienne, du panopticon, de la focalisation zéro, de l’omniscience généralisée quoi. Nous sommes tous en position d’ exhibitionnistes-voyeurs décomplexés. Et c’est pas notre rédac-chef qui va me contredire, elle qui ne rate rien de mes activités virtuelles… Facebook, ça me rappelle la cour de mon collège, 700 élèves dans 500m2, qui passent leur temps à se scruter sous toutes les coutures… Pas de droit à l’erreur, car personne ne ratera l’occasion de se foutre de ta gueule.
Souvent j’hésite pendant 2 heures avant de poster une photo ou un commentaire : “tout le monde va le voir, mais qu’est-ce que les gens vont en penser ?” Et puis finalement après avoir sauté le pas, je n’ouvre plus mon facebook pendant 2 jours heures , tant je crains la réaction de mes centaines d’amis, dont je suis sûr qu’au moins la moitié ne me veut pas que du bien…
En fait j’ai un fantasme, je voudrais tout envoyer balader, me suicider virtuellement, non pas simplement en supprimant mon compte, mais plutôt en me grillant auprès de toute ma friendshpère en balançant à la face du book une énormité sans nom. J’aimerais être ce gars qui pète un plomb, qui succombe au vertige de l’immédiateté et qui, au mépris des règles de la bienséance communautaire, publie sur son wall un message lapidaire pour balancer à tous ses contacts leurs quatre vérités… et vous, ça ne vous a jamais pris ce genre de pulsions ? Bon allez je vous laisse, je vais aller faire un tour sur mon Facebook.

le principe du panopticon dans un pénitencier de l'Illinois, ça ne vous rappelle rien ?