J’aime bien partir en vacances seule, ça ne m’a fort heureusement jamais posé de problème, mais je préfère quand même partir accompagnée. Cette fois, j’ai tapé fort. Point de meilleure amie, point de copain homo. Un suédois. Rien que ça. Un que j’avais rencontré un an plus tôt à Berlin en achetant des pizzas (et consommé), revu à Paris (et re-consommé), et qui de loin, ressemblait fortement à un garçon que j’aurais épousé dans la seconde s’il n’avait été à deux heures d’avion. Il était blond, il était beau, il sentait bon le gravlax chaud.
C’est parti d’une sorte de blague, il me disait qu’il m’enviait de partir comme ça en solo à l’autre bout du monde, j’ai dit viens je t’emmène, il a dit oui, j’ai cru qu’il plaisantait, forcément, et en fait non. Quelques jours plus tard, réservation de billets non échangeables non remboursables (une assurance annulation, mais pourquoi faire ?) et d’hôtels à l’appui, je n’était plus obligée de me pincer pour y croire. Je partais avec un candidat à fort potentiel (et suédois). Histoire de rendre la chose encore plus sympathique, il a pris des jours avant et après pour profiter de Paris. Nous avons donc signé pour trois semaines, 24h sur 24, et j’avais même pas (trop) peur.
Et donc voilà. Je suis partie en asie avec mon coéquipier sous le bras. Bali, pour être précise, destination tout à fait honeymoonesque. J’ai partagé mon lit pendant 15 jours avec lui. Nous avons tenté des expériences culinaires extrêmes. Nous avons ri, batifolé, nous nous sommes mis des claques dans le seven eleven, boxé dans la file d’attente d’une expo, poursuivis sur la plage, aspergé d’eau à chaque fois que nous en avions l’occasion, chatouillés, pincés. Nous avons fait des blagues scabreuses, regardé le coucher le soleil, puis les étoiles, pris un bain de minuit, essayé de nous noyer respectivement en faisant du rafting, regardé des films avec les jambes imbriquées, fait des grat grat, volé nos téléphones, bu plein de bières, fait marrer plein de gens qui nous trouvaient so cute.
Il m’a massée, m’a enroulée dans son cheich quand j’avais froid, m’a fait écouter de la musique suédoise, m’a prise dans ses bras la nuit quand on dormait, m’a remonté le moral quand c’était nécessaire, il a dormi sur mon épaule, en salle d’embarquement, et s’est même pas foutu de ma gueule parce que je pleurais devant The Reader.
On fait une chasse au cafard qui était dans le lit à 3h du mat, éradiqué les araignées de la salle de bain, et on s’est extasiés devant tout ce que cette ile compte de chiens, chats, poissons et singes.
Invités à diner, on a même joué au couple parfait qui raconte sa rencontre parfaite, puis entre nous on s’est refait le film 12 fois, la rencontre, et sa visite à paris. Il se souvenait de tout, mieux que moi, j’ai une mémoire de poisson rouge, mais c’était bien agréable de me la faire rafraichir.
Certes, tout ça était relativement platonique, mais je sais que le suédois ne fait jamais le premier pas, et moi, j’étais pas forcément pressée, pour une fois.
Tout ça m’a l’air fort bien, hein. J’en vois déjà qui se disent même que je suis une sacrée petite chanceuse, et qui attendent impatiemment la chute.
Elle a eu lieu. Une longue chute d’une falaise très haute, on a bien le temps de sentir qu’on tombe et de regarder les rochers en bas, parce que forcément, tomber dans l’eau, ça n’aurait pas été drôle. Il avait une copine. Et il était fidèle. Il avait juste oublié de le mentionner. Erreur réparée le soir où je me suis enfin décidée à passer de cette belle complicité intellectuelle à un truc un peu plus corsé. C’était tout à fait le bon moment. Paf, les rochers. Aïeu.
Parfois, moi, je trouve que la fidélité version mec, c’est assez étrange et quelque peu Bill Clintonesque.

Le rêve, ou presque