Hier, je regardais les stats de HHY, puis aussi de mon autre blog, puis les stats de clics bit.ly (pour les non geek, raccourcisseur d’URL qui permet de voir combien de gens ont cliqué sur un lien). Et là, un truc m’a frappée, en pleine face, je me suis dit, bein ça sert à rien de parler d’art, de bouffe, de choses mignonnes, drôles, sympathique, parce que les gens, tout ce qui les intéresse, c’est le cul. Environ trois à quatre fois plus de gens cliquent sur un lien connoté relations et/ ou cul, avec une légère prédominance pour le cul. Par exemple, dans les mots-clés qui amènent une horde de lecteurs en folie sur le site, on a cunnilingus et raser les couilles en tête. Charmant, fleuri, en même temps, vu qu’on en parle effectivement, on assume. D’ailleurs, dommage qu’on n’ait pas le sexe des lecteurs, comme ça je pourrais vérifier ma théorie comme quoi les garçons sont des manchots et cherchent des modes d’emploi.
Alors, pourquoi ? J’en ai fait mon fond de commerce - façon de parler, sur le site j’entends, je fais pas escort pour arrondir mes fins de mois, alors j’ai beau jeu de faire l’étonnée. Mais je suis jamais très sure, est-ce que les lecteurs sont tous des obsédés ? Et par extension, si on considère que le panel est représentatif, est ce que le monde est obsédé ? Ou alors, est-ce que les gens souffrent d’un manque chronique d’information sur le sujet ? Quand j’étais jeune, et que je travaillais sur un site pour ados qui a raté l’occase à l’époque de tuer les skyblogs dans l’œuf (et pourtant, ça aurait été une bonne idée), il y avait un forum, et l’essentiel des visites se concentraient sur la thématique sexe, je me rappelle encore mon responsable blême, venu me faire remarquer que c’était une bonne idée de faire remonter en page d’accueil les fils de discussions les plus lus, mais que le fil sur la fellation, on aurait pu s’en passer, question image. Surement, mais ça veut dire aussi que les ados, ça les travaille, comme sujet - et pas que les ados je crois.
Justement, on tient le bon bout, là. Parce qu’internet, c’est anonyme, on peut s’épancher sur le sujet, s’exprimer, consulter des infos. Dans la vraie vie, c’est plus délicat, au milieu d’un dîner, d’amener la sodomie ou les question de lubrification (des fois, c’est lié, d’ailleurs) sur la table. Pas réellement, je veux dire, ou alors c’est des dîners thématiques bizarres, mais d’en parler, comme ça. C’est réservé aux conversations avec des proches très proches, et encore, pas coincés, parce qu’on s’aperçoit vite, quand on veut disserter sur des sujets ayant trait aux relations sexuelles, que les gens ont souvent tendance à tousser et à devenir rouges gênés.
Donc je pense que si on enlève les pervers, il reste un paquet de gens normaux qui ont envie de savoir, de manière safe, sans avoir à se ridiculiser en demandant à ses amis ou sa moitié, comment on trouve le point G (ah ah, vaste programme) ou le top des erreurs au lit. Le sexe, ça reste encore du domaine privé, voire tabou. Entre amis, et puis hélas aussi, dans les couples, où c’est parfois affolant de voir à quel point on ne communique pas sur le sujet. Alors que bon, communiquer, ça permet d’apprendre des trucs, de s’améliorer, de rendre l’autre content, donc c’est plutôt positif. En même temps, c’est un sujet où tout ce qui s’approche de la critique est souvent à déconseiller, sous peine de se voir privé de gâteries par un partenaire tout vexé. Alors qu’il n’y a pas de quoi, parce que le sexe, c’est comme faire du cheval, ça s’apprend, et en plus, selon le cheval, il faut adapter sa technique. Bein non, les gens, ils préfèrent semble-t-il prendre des cours d’équitation à distance, loin de tout cheval caractériel et de selle mal ajustée, derrière un écran. Elle déchire, ma métaphore.
Moi, je suis ravie, hein, ça nous fait des lecteurs en plus, enfin, ceux qui repartent pas direct parce que c’est vraiment pas ce qu’ils cherchaient. L’autre jour, un de mes followers sur twitter m’a demandé s’il pouvait envoyer l’URL à sa copine, suite à un énième post à caractère sexuel. Bein oui, volontiers, ça fera une lectrice de plus, et si on peut aider à faire passer discrètement des messages, on est ravis. Un jour, on fera une rubrique témoignage comme sur meetic, où des couples aux sourires ultra-brite viendront raconter comment HHY a aidé leur vie sexuelle.
Non, je ne suis pas mégalo.