Quand les garçons ils sont jeunes, genre en plein âge ingrat poussée d’acné ricanements débiles et enthousiasme footesque, ils sont pas bien adroits pour draguer les filles - bien que vachement motivés. Puis c’est pas simple: il faut montrer à la fille qu’elle plait, mais pas trop ostensiblement sinon en cas de refus ils ont vraiment l’air trop con et peuvent difficilement dire “ah mais euh pas du tout qu’est ce que tu crois, boudin ?”. Et puis surtout, parce que leurs potes risquent de se foutre de leur gueule sévère “rah téma, machin il kiffe bidule, trop naze, ah ah” (ouais, c’est pas fin, un garçon adolescent). Alors ils ont développé une technique imparable et redoutable: la vanne.
Technique très simple à utiliser, puisqu’elle consiste à abreuver l’objet de leur fantasme de mots pas du tout doux, des vacheries, piques, mauvaises blagues, accompagnées invariablement du même ricanement débile. Comme ça, ils peuvent dire à leurs potes, fiers comme Artaban “pff meuh non, jla kiffe trop pas, c’est une conne, jla vanne” mais en même temps, subtilement, faire passer le message: tu m’intéresses, femelle. Bon, des fois, c’est tellement subtil, que la femelle elle est exaspérée et colle des claques, parce qu’elle en a marre de se faire pourrir la gueule non stop. Donc ça marche à moitié, mais on sait pas bien pourquoi, ils font tous ça.
Le problème, quand même, c’est qu’en vieillissant, le ricanement débile et la vanne peuvent perdurer. Et ce qui est charmant, ou du moins acceptable, chez un ado pas fini au physique douloureux, le devient nettement moins chez un presque trentenaire (surtout s’il a toujours un physique douloureux, ndlr). Et puis bon, face à leurs congénères qui eux ont su évoluer, les adeptes de la vanne ont quand même un sérieux désavantage. Un peu comme courir un marathon les yeux bandés, les mains attachées dans le dos avec des chaines au pied. La compet’ est hardue, quand on ne sait que faire remarquer à la fille sa petite taille (non, je ne dis pas ça pour moi), son caractère de cochon (idem), ses quelques kilos en trop (re-idem), et qu’on a des garçons en face qui eux savent parler aux dames, on passe pour un goujat de première, c’est un créneau, mais finalement, sachez-le, les filles n’adorent pas.
Je ne dis pas qu’il faut complètement abandonner la vanne, hein, ça permet aussi de tester l’humour et le deuxième degré. En revanche, il ne faut point en abuser, sous peine d’agacer considérablement son interlocutrice, qui préfèrera les roses aux bouquets d’orties fraichement cueillies. Peu importe si vous intentions sont nobles, louables et sincères, vous n’aurez pas le dessus sur un beau parleur. La vie est mal faite, hein. Padbol.
Intégrez donc un peu de finesse là-dedans, mi vanne mi compliment, comme ça la fille elle sait pas si c’est du lard ou du cochon, et si elle est intéressée elle va se tournicoter la tête avec, et vous êtes sain et sauf si jamais elle est pas intéressée. Exemple entendu récemment: “t’es mignonne, mais t’es chiante”. 10/10, compliment + vanne (le premier qui dit sens de l’observation, accès de réalisme ou autre commentaire du même acabit se prend une mandale).