Résumé des épisodes précédents: je me suis dit qu’il fallait absolument tester un site de rencontre, j’ai pris adopteunmec.com (j’allais quand même pas raquer). Alors je me suis créé un profil. J’ai cherché le garçon. J’ai fait de l’interaction par mail. Et confronté mes a priori à d’autres avis. Et maintenant, l’heure du bilan a sonné. Je suis un peu emmerdée, parce que j’étais partie avec l’idée de faire une conclusion toute en nuance dont j’ai le secret, genre “c’est nase, ça pue du cul, c’est d’la merd’ ” et puis en fait peut-être pas.
C’est vrai que je suis arrivée là en me disant que je ne voyais pas bien ce qu’on pouvait attendre de ce truc. Moi qui suis une grande adepte de la mise en branle (oh, ça va) des cinq sens quand on rencontre quelqu’un, là, pour le coup, le virtuel, c’est un peu les sens en berne. A l’extrême limite, ça peut vaguement exciter la vue (encore que bon, une photo, boarf), et un peu le cerveau si les échanges tiennent la route. Puis le truc codifié mail / msn / café ou bière pour les plus intrépides (pas parce que c’est de l’alcool, juste parce qu’une bière, c’est plus long à boire qu’un café, en cas d’ennui profond ça peut être une éternité), moi, c’est pas ma came. Je suis une grande timide, et l’idée de me retrouver à devoir parler à un inconnu m’horrifie passablement. Puis surtout, surtout, c’est blindé de crétins queutards et analphabètes.
Bon. Sauf que non en fait. Pas que. En vrai, il y a des garçons tout à fait fréquentables. Avec qui les échanges ont été au pire agréables, au mieux franchement intéressants. Qui , même si j’avais prévenu que j’écrivais des trucs avec de la critique dedans, ont bien voulu me parler, voire me rencontrer. J’ai donc partagé un bobun, une assiette de charcut’, un théatre, et raté une expo de près. J’ai même bu une bière assise à côté de la fontaine à Pigalle, là. Et c’était chouette, en fait.
Donc me voilà bien emmerdée pour faire de la critique bête et méchante comme j’aime. Ceux avec qui j’ai discuté m’ont tous donné des arguments valables pour expliquer leur présence sur ce site, allant de “je me remets doucement d’une histoire pas simple” à “je découvre plein de nouvelles musiques (ça, c’est très vrai qu’on découvre plein de trucs improbables). Pas un ne m’a dit “waaa mais c’est pour niquer arf arf arf”. Bon peut-être que j’aurais du parler avec Dominateur ou Cunniking, ça aurait été vachement plus drôle. Bien sûr, donc, il y a des demeurés, des obsédés, des pervers, mais enfin vu le profil de certaines filles, moi je dis, le relou, tu l’as cherché ma poule.
Finalement, sous l’alibi de la curiosité, tout un tas de profils (dans tous les sens du terme) traînent leurs guêtres ici. Il y a de tout, pour tous les goûts. En fait, si je mets à part la méthode, qu’on apprécie ou pas, il y a à peu près autant de chances de (ne pas) trouver ce que l’on cherche là qu’ailleurs. Dans la vraie vie, pas grand monde colle avec mes envies, bein là, pas plus. Ça multiplie juste le champ des (im)possibles, avec le même vague espoir que dans la vraie vie de trouver la pépite dans le tas de merde, le “wizz” at first sight, tout ça. L’avantage, c’est que personne n’est vraiment là pour autre chose que faire des rencontres, et ça évite quand même le pétage de dents par le ou la chéri(e) de la personne qu’on aborde avec son plus beau “salut toi, tséktépomal” (non en vrai j’ai jamais osé aborder personne comme ça, et je le déplore).
En conclusion, pas ma came, je le maintiens, mais je ne dirai plus jamais non plus que c’est minable et sordide et tout ça. Peut-être que quand on se sent vraiment seul, ou qu’on n’ose pas parler aux gens, ou qu’il fait froid dehors et qu’on a la flemme de sortir parler à des filles/ des garçons inconnus, c’est bien, ça aide. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à dire que ça renforce aussi la conviction que c’est pas simple de craquer pour quelqu’un, donc quelque part, je suis pas certaine que ça aide de multiplier les possibles (voire de fantasmer un peu) pour constater qu’en effet, on craque pas ! Je pense que plusieurs mois d’utilisation de ce truc auraient raison de mon optimisme légendaire. Vu que par ailleurs, j’ai une sorte de vie sociale, ça m’apporte pas des masses (voire ça enlève un peu, c’est salement addictif ce truc). Mais je comprends tout à fait l’intérêt, et même si moi, perso, je me vois pas annoncer à mes nains que papa et maman se sont rencontrés sur adopteunmec.com, j’ai pas (plus) trop envie de baver sur ce genre de sites. Je concluerai donc en disant qu’on peut y trouver absolument ce qu’on y cherche: du cul facile, une relation, rien.
Ça pourrait s’arrêter là, mais un garçon qui n’a pas souvent tort m’a fait remarquer que ça n’était pas très professionnel, de livrer partiellement les infos. Je me vois donc dans l’obligation de signaler que j’ai adopté un mec, en plus de mon chat - léger changement de ma situation personnelle donc. Un accident est si vite arrivé. Je ne vais pas me répandre, parce que c’est mal paraît-il, alors je dirais juste que suis bizarrement tombée sur ce que j’avais dit chercher sur ma fiche, en rigolant: “moi, en mec”. Et en toute modestie, c’est un peu la classe (je vous laisse le loisir d’interpréter librement cette phrase).