Je me suis lancée toute seule un défi à la con (avec l’accord d’Ambrouille): tester un site de rencontres, et vous en rendre compte. Pourquoi m’infliger ça, me direz-vous ? Parce que j’étais pleine de préjugés sur le sujet. Je ne voyais pas pourquoi je perdrais mon temps à (tenter de) discuter avec un tas de crétins queutards analphabètes. Puis j’ai réfléchis: d’abord, parce que c’est drôle. Et puis parce que des garçons très bien de ma connaissance rencontrent des filles très bien sur internet. Donc, j’ai voulu juger par moi-même, et vous faire partager l’expérience. Comme je vais pas pousser mon amour du travail bien fait jusqu’à payer, j’ai pris un site gratuit et je l’ai testé. Adopteunmec.com, on adopte bien des labradors ou des chats, pourquoi pas un garçon. Allez, c’est parti.
Le concept, pour ceux qui connaissent pas: c’est les filles les chefs (en théorie, on verra plus loin les limites de l’exercice). La base line, c’est “des hommes objets à câliner”. Sans commentaire. Donc y’a des garçons, des tas, ils envoient des “charmes” aux filles, les filles acceptent ou pas. Si oui, le garçon peut parler à la fille. La fille peut aussi mettre un garçon dans un panier, ça fait le même résultat. Tout ça, les charmes, les paniers, les visites de fiche, ça fait des points pour la fille, sous forme de curseur vert. Me demande ce qu’il se passe quand le curseur est vert à donf, mais j’aurai probablement pas la patience de le découvrir. Bon. Les garçons ont droit en standard à 5 charmes, et pas d’accès entre 18h et 1h du mat (donc super utile). Pour plus de charmes et plus de temps, faut raquer. 10 euros par mois pour une “réserve” de 400 charmes, connexion 24h/24. 30 euros par mois pour le forfait premium, et là, tu peux balancer des charmes à toute la population féminine du site. Voilà pour le principe.

Fabuleux pictogramme
Première étape, la création de sa page. Je me fais allègrement refuser des photos sans motifs apparent, le modérateur doit pas aimer ma gueule, ou du moins, il a de drôle de goûts, vu qu’il finit par accepter une photo bizarre (prise par un ex, merci P., et désolée pour l’utilisation douteuse de ton œuvre) où je suis rousse, cheveux courts bouclés, de profil, j’ai l’air de chercher un truc du regard très loin, et on voit mes mains (on verra plus tard que cela a son importance). Comme je suis quand même pas complètement motivée, on me reconnait à moitié. Bien. Ensuite, c’est parti pour le remplissage de petites cases (ndlr: à la con), caractéristique principale des sites de rencontre. Faut se critériser, rentrer dans les propositions toutes faites. C’est connu, c’est la clé pour démarrer une relation sur de bonnes bases.
Alors, alors. Age. Je résiste à la tentation de me rajeunir. Taille. Pfff, je suis tentée là aussi de mentir, mais j’assume mon 1,60 m - et mes 55 kilos. Silhouette: normale (normale plus si je rentre de week-end chez mon père, normale moins si je viens de me faire larguer, mais y’a pas la place de nuancer). Cheveux châtains mi-longs (personne ne relèvera l’incohérence avec la photo). Couleur des yeux, noisettes. Origines européennes (comme les chats). Style vestimentaire: rien qui colle, je suis tentée de mettre “skate” pour rigoler, puis non, allez, fashion. Alimentation, j’assume, bio (piscivore, vraiment ?). Alcool, mm, souvent, Tabac, tolère la fumée (difficilement depuis qu’elle a arrêté de fumer). Signes particuliers… y’a bronzage, quand même… tatouages, donc. Wala. Job: freelance, on va pas rentrer dans les détails, puis chef d’entreprise, ça va les faire flipper leur race, les garçons. Passe-temps: gastronomie, sieste et blogs. Ensuite, c’est les TOP 5, ou comment faire passer plein de messages cachés avec des listes de musique, films, bouquins et télé. Hop, je remplis consciencieusement, un espèce de pot-pourri bordélique de ce qui me vient à l’esprit. Ça, c’est fait.
Ensuite, j’hallucine. Les limites de l’exercice, blam, sous la forme d’un onglet “sexo”, que les mecs n’ont pas. Sous ses airs faussement féministes, ce merveilleux site entretient donc joyeusement l’image de la femme - objet sexuel. Onglet dans lequel je suis supposée décrire mes sous vêtements (…), fréquence idéale des rapports sexuels (…), position favorite (pathétique), pratiques sexuelles (affligeant) et accessoires que j’aime utiliser (y’a fruits et légumes, dedans, quand même). Je ne cautionne pas, la féministe en moi se retourne dans sa tombe, alors je ne remplis pas, en plus c’est des listes pré-définies, on peut même pas mettre des conneries. Un autre onglet “ma personnalité” un peu fourre-tout, dans lequel on est supposé mettre ce qui nous fait craquer chez un mec, ce qui nous excite, ce qu’on ne supporte pas. Après y’a vices et fantasmes en champs libres aussi, alors forcément comme ça commence à être pénible, je me disperse et j’écris des trucs stupides.
Voilà. J’ai une magnifique fiche, remplie très sérieusement, mais j’ai oublié un truc je crois ? Ah oui, tiens, l’annonce, important, l’annonce. Je renonce à mes tentations de deuxième degré, ironie, perfidie, et je commets un petit texte dont je suis assez fière, qui devrait m’assurer un certain succès en ratissant large (on remarquera que je n’ai pas complètement réussi à renoncer à l’ironie).

Elle est pas belle, ma page ?
Voilà. Tout cela est bien, et maintenant, que vais-je faire ? Tiens, si j’allais regarder ce qu’il y a en rayon. Chercher le garçon, trouver son nom.
To be continued…