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La gastronomie bretonne (1)
28 novembre 2009 by Archyoda

A la demande de la foule enthousiaste (en fait celle de Thalie et d’Ambrouille !), je vais vous parler d’une succulente chose trop méconnue : la gastronomie bretonne. Non ! Ces deux termes ne sont pas antinomiques. Je sais bien qu’ ansestralement, dans la bonne pensée franchouillarde bien entretenue depuis au moins deux siècles, les bretons sont des « ploucs ». Pour votre information, ce terme a été créé par l’intelligentsia parisienne pour spécifiquement désigner les bretons parce que chez nous, il y a de nombreux noms de bourgs qui commencent par « plou » : Plougastel, Ploubennec… Or, ce terme veut simplement dire « lieu où il y a une paroisse » (comme « pleu », « ploe », « plo »…). Force est de constater que derrière ce terme il y a une connotation « population d’arriérés de terres franchement reculées »… On assume, et on les emm… Heureusement que tous les parisiens qui viennent en vacances chez nous ne pensent pas cela, sinon cela confinerait, au choix, au masochisme ou alors au voyeurisme malsain de ceux qui visitent une réserve indienne.

Donc puisque nous sommes des ploucs, nous ne saurions avoir que des habitudes alimentaires très basiques ne pouvant, en aucun cas, relever du terme prestigieux de « gastronomie ». Et là, je dis « HALTE ! ». Certes, les mets les plus connus ont tendance à tourner autour de 3000 Kcals la bouchée, mais ça ne les empêche pas d’être fins et d’autres, moins connus, mais tout aussi succulents, sont beaucoup plus légers…

Voici donc une liste, suprêmement loin d’être exhaustive, car une collection en 20 tomes n’y suffirait pas (non, ça ne se limite pas aux crêpes et au cidre !), de mets à goûter de toute urgence. J’ai testé pour vous, et peux le faire pour vous (c’est aussi ça, les hommes modernes… ils savent cuisiner !). Dans ce premier post, je ne parlerai pas de préparation culinaire mais… D’alcool (car nous sommes aussi des alcooliques ; autre réputation qui historiquement et statistiquement est totalement… Vraie, je le concède). Universellement connu et partagé avec nos voisins normands : le cidre.

Sistr e brezhonneg (Sistr en breton). Cela fait plus de 1500 ans qu’on le consomme chez nous. Je vous recommande de le consommer « naturel », avec au moins 5% d’alcool dedans. Donc visez plutôt le « fermier » ou « artisanal ». Le brut ou sec pour le plat de résistance et le demi-sec, voire le doux pour les desserts. Ne vous défiez pas d’un dépôt qui puisse siéger au fond de la bouteille, c’est la preuve qu’il n’est pas trop travaillé et industriel. Chaque pays breton a au moins le sien, si ce n’est les siens, mais les plus réputés sont produits en haute-Bretagne, c’est-à-dire à l’est d’une ligne Vannes-Saint brieuc (départements 35, 44 et la moitié du 22 et du 56). Ceux du Val de Rance et de Guenrouët (mais là, ne vous cantonnez pas au Kerisac !) se défendent plutôt bien, mais je vous le rappelle, si vous les achetez en grande surface, privilégiez l’artisanal, le fermier et les médailles d’or (oui, il y en a aussi pour le cidre). Le cidre va avec quasiment tout car un cidre ne se limite pas à un goût de pomme sucré et pétillant. A noter qu’il peut aussi se boire chaud, le soir, au coin du feu et qu’une variante « le poiré » à base de poire, comme son nom l’indique, existe. Mais j’aime moins. Attention, n’oubliez pas qu’ « usus non tollit abusus » (sachez ne pas abuser et consommer avec modération), non à cause de l’ébriété, mais de la conséquence intestinale, surtout si c’est du cidre nouveau !

Al lambig (le lambig ou lambic). Incontournable, c’est l’eau-de-vie de cidre. Il revêt d’autres noms mais vous le trouverez plus facilement sous celui-ci qui est devenu générique. Pur, il vous fait vous souvenir que vous avez une gorge et toute la tuyauterie qui suit. Repassez-vous en boucle la scène de la cuisine des « tontons flingueurs », nectar cinématographique au-delà de tout, vous comprendrez. Oui, il y a « aussi de la pomme », mais pas de « betterave ». Je vous le conseille avec moult insistance adjoint à du café noir. D’ailleurs, le « c’hafe lambig » (café lambig), une liqueur titrant 24%, est divin. Vous parlez aux anges dès la première gorgée et les tutoyez au troisième verre. Un nectar qui se boit comme du petit lait !

Ar chouchenn (apparenté à l’hydromel). Alcool à base d’eau et de miel fermenté (de la pomme peut y être ajoutée pour favoriser cette fermentation). Il a longtemps eu la réputation vérifiée de faire tomber à la renverse d’un seul coup d’un seul. En effet, pour faire le miel, les apiculteurs pressaient aussi les rayons des ruches, et le venin des abeilles s’y trouvant encore se retrouvait dans la boisson. A la consommation, celui-ci attaquait le cerveau, plus spécifiquement le cervelet, centre de l’équilibre, au bout de quelques verres et le buveur allait inspecter l’exact parallélisme des lames du plancher de très près. Rassurez-vous, ce n’est plus le cas aujourd’hui et ce ne sont pas ses 14% qui vont vous faire bien mal. Suivant le chouchenn, le goût de miel sera plus ou moins prononcé. Chez nous, il est de tradition de le faire avec du miel issu de fleurs de « gwiniz du » (blé noir, ou sarrasin) et il est aussi délicieux réchauffé (toujours au coin du feu, bien sûr !).

Ar muskadig (le muscadet). Pour accompagner les fruits de mer et les poissons, il n’y a pas mieux. Un peu sec mais fruité, je vous en prie, achetez-le « sur lie », pour ne pas risquer d’affronter une piquette qui s’apparentera à du gros pif (gros plant, à franchement éviter !).

Ar bier (la bière). Oui, la Bretagne a cette ancestrale tradition. Certes, beaucoup de petites brasseries ont disparues, mais le renouveau est là. Je vous recommande particulièrement celle de Morlaix, ainsi que la tri martolod, la blanche hermine, la mor braz ou encore la telenn du… Il y en a foule d’autres, notamment au gwiniz du ou aux algues, mais c’est au goût de chacun et nul doute que vous trouverez votre bonheur. Assuré !

Pour ceux qui ont poussé la conscience professionnelle à goûter tout cela, je leur conseille d’alterner régulièrement avec un verre d’eau minérale bretonne (la plancoët, Katell roc, ou la fontenelle par exemple) pour que les binious ne vous vrillent pas trop le cerveau le lendemain. En parlant du lendemain, le breizh cola qui a un goût qui se situe entre le coca et le pepsi, mais en meilleur -bien sûr-, sera parfait pour votre estomac fatigué…

Que du bon, je vous dis… Yehed mad d’an oll (équivalent d’à la votre, se prononce « iaR madanol »), comme on dit chez nous !


11 Responses  
David writes:
28 novembre 2009 at 10:14

Merci Archyoda c’est digne d’un guide gastronomique; j’aurai juste ajouter a cette liste le kir breton qui est un mélange de chouchen, cidre et crème de cassis, mais personnellement je préfère avec de la crème de violette :)
D. (breton inside)

Thalie writes:
28 novembre 2009 at 12:52

@Archyoda: miam, miam, vivement la suite.
@D.: moi aussi j’aime bien le kir breton, mais je ne savais aucunement que c’était authentique, je pensais que c’était une sorte de boisson pour filles inventée par les crêperies parisiennes !

Archyoda writes:
28 novembre 2009 at 13:11

Merci à vous deux…
C’est vrai que le kir breton manque alors que je m’ingénue à en demander partout où je mange! Ceci étant dit, généralement, les dîne-dehors nous le servent juste avec du cidre et du cassis…
Et il est vrai, Thalie, que c’est moins “traditionnel” que le chouchen seul, par exemple.
Quand aux crêperie à Paris, je n’ai jamais osé tenter. Je pense que c’est dû à un mélange entre un nationalisme irraisonné m’amenant à penser qu’hors de Bretagne, on ne peut savoir faire de bonnes crêpes (je sais, j’ai tort!) et l’absence d’envie de passer pour un gogo en payant une complète 10 euros alors que chez nous, on peut s’en sustenter pour grosso-merdo 6 euros 50… A croire que les crêpes et les galettes font la route avec leurs pitites jambes!

Max writes:
28 novembre 2009 at 13:44

@Archyoda

Mais non elles prennent le TGV pour arriver dans les innombrables succulentes crèperies de Montparnasse ;-)

Thalie writes:
28 novembre 2009 at 13:50

@Max c’est ça, ça doit être à cause du transport qu’elles sont immondes à Montparnasse !
@Archyoda j’en ai trouvé qu’une correcte, tenue par des vrais bretons (je leur ai demandé leurs papiers), et y’a du kir breton (et du poiré, et j’adore le poiré, mais ça n’a rien à voir).

Ambrouille writes:
28 novembre 2009 at 19:31

Merci Archyoda, c’était une bonne idée ce post !

Ambrouille writes:
28 novembre 2009 at 19:32

C’est quoi au juste le gwiniz du ?

Archyoda writes:
28 novembre 2009 at 20:09

C’est du blé (gwiniz) noir (du)… Et pour l’information de tous, le drapeau breton avec les bandes noires et blanches et les hermines noires sur fond blanc, c’est le gwenn ha du (blanc et noir)… Simple, non? Un jour, je vous ferai un post sur tout ça, si ça vous dit…

Thalie writes:
28 novembre 2009 at 20:38

Moi j’veux la suite de la gastronomie d’abord !
Chop chop

Silisarah writes:
30 novembre 2009 at 00:35

ouais, envoie d’abord les bonnes bouffes, et d’ailleurs tu devrais aussi nous inviter à déguster puisque tu cuisine si bien… moi j’aime la bretagne et les bretons; des bons gars j’vous dis, des bons vivants, et en plus, de mon expérience, de vrais galants !

Archyoda writes:
30 novembre 2009 at 17:54

Mais vous êtes conviés si vous venez en Bretagne-sud, ce sera avec grand plaisir! Pitite ballade en bord de mer pour ouvrir l’appétit et dégustation de plein de bonnes choses (hum! le kouign amann!)… Suffit de prévenir!

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