Quelle question idiote je me suis toujours dit.
L’aile, c’est plein d’os, c’est compliqué à prendre en main. On ne peut pas croquer dedans.
Aucun intérêt.
La cuisse. Rien que de le dire, je la sens déjà. Ferme mais pas dure. Galbée comme un fuseau, elle appelle la main. On mange forcément une cuisse. Tôt ou tard. On la mange des yeux, on glisse le long de ses courbes, on la respire. Une cuisse, c’est tout un repas qui se dévoile à peine.
Et on la goûte du bout des lèvres. On ne veut surtout pas la consommer en entier. On voudrait l’emmener avec soi partout pour se donner du cœur à l’ouvrage.
C’est une aile de lapin que les gens trimballent sur eux pour se porter chance ? Hein ? Non. C’est une patte. La démonstration est sans appel.
On la sent ensuite, doucement, comme un animal sauvage goute un nouveau met rare.
Et là, il faut toute la force de la convenance pour ne pas fondre dans la sauvagerie. La mordre à pleine dents, la sentir plus forte que soi et se repaitre de ces zestes de chair à peine effleurés.
Non, il ne faut pas.
Elle mérite tous les égards.
Alors, on la parcourt du regard et de la main, fasciné par un butin aussi apetissant. On hume son parfum, on rêve de plus. Le monde se recourbe. La perspective si fine se fait aspiration. Le cœur s’emballe. On ne peut plus tenir. Il faut la posséder. Et plus encore.
Le lionceau joueur redevient prédateur. La chair devient festin. La pupille dilatée, on progresse à bouche feutrée mais avide. Affamé et appâté, l’heure n’est plus à la retenue.
Dans son combat du contrôle, on perd avec la jubilation du stratège. La cuisse n’est que l’arbre alléchant qui cache une forêt de plaisirs.
J’aime la cuisse. Définitivement. Elle me donne des ailes.