Tous les bloggueurs, influents ou non, vous le diront: un blog, c’est pervers. Je parle de ceux du genre où on écrit des trucs type humeurs, pour apporter sa modeste contribution au paquet de conneries qui circulant sur le web et plus largement dans l’humanité entière chaque jour. L’idéal serait de garder son existence secrète, mais c’est pas exactement le but. Ceci dit, il faudrait quand même parfois éviter que les proches n’aient l’adresse. D’ailleurs, Ambrouille lui-même m’avait dit: si ma mère tombe sur ce blog, je suis mort. Enfin pas exactement comme ça, mais ça exprimait bien l’idée générale: une trouille un peu bleue schtroumpf d’être découvert. Parce qu’il faut bien le reconnaître, tout ce qu’on écrit n’est pas forcément lisible, selon le lecteur.
Par exemple, j’ai découvert avec horreur dans les stats de mes deux blogs que parmi les mots-clé d’arrivée sur le site, il y avait… mes nom et prénom. Les vrais, dans la vraie vie, ceux sous lesquels me connaissent l’état civil, ma famille, mes amis, mes ex, mes clients, des chasseurs de tête, et autres prospects. Par quelle bizarrerie, je n’en ai aucune idée (si quelqu’un peut m’éclairer d’ailleurs), vu qu’ils ne sont nulle part sur aucun des sites, néanmoins, c’est un fait, je suis grillée si on me googleise.
Je suis tout à fait fière de ma prose, hein, s’entend. Mais si j’utilise des pseudos, c’est bien parce que bon, disons, ce que je dis ne reflète pas toujours complètement ce que je pense ou qui je suis, et quand c’est le cas, je n’ai pas forcément envie que cela figure sur mon CV. En vrac, mes tests de site de rencontre, mes gouts musicaux déplorables, le fait que je passe le plus clair de mon temps (et que je dépense beaucoup d’argent) à me gaver comme une oie de nourriture grasse et de bon vin, ou mes prises de position sur le 69 ou le top 10 des erreurs masculines au lit. Tout ça, c’est bien évidement moi, mais pas forcément le moi que je mets en avant en réunion de famille ou en entretien. Quand ma belle-mère, qui est très blagueuse (bisous Lydia) me dit “alors comme ça, dans le garçon, tout est bon ?” en ricanant, et que mon papa dit “mm quoi ?” avec son sourcil d’inspecteur harry relevé, ça me fait rigoler, mais faut avouer que je fais “gloups”, un peu, aussi. Sans parler des inconnus qui m’envoient des messages ou postent des commentaires comme s’ils savaient trop qui je suis et comment je fonctionne, comme si le moi dans la vraie vie, c’était exactement le même. Voire qui m’invitent au resto (ça, c’était plutôt cool en revanche). Alors pour casser le mythe, en vrai, je suis pas du tout drôle, extrêmement susceptible et totalement abstinente.
Bon, y’a ça, et y’a aussi les gens de mon entourage plus quotidien, ceux que j’ai de moi-même, dans un élan de je ne sais quoi, informés de l’existence des blogs. Les ex qui m’engueulent parce que je déballe un peu trop, à tort ou à raison. Les amis qui me disent “ah ouais mais comme ça donc blablabla” avec le sourcil soupçonneux. Ou “ah ah, je ne savais pas que blablabla”. Qui droppent les URL morts de rire à mon garçon du moment lors de dîners arrosés. Bon, il était suédois, et la traduction automatique n’étant pas tout à fait opérationnelle, la casse a été limitée. Ou mon chéri qui prend mes conneries pour lui et qui fait semblant de se vexer (d’ailleurs, message personnel, tu es merveilleux, le post en question ne m’a pas été totalement inspiré par notre relation). Enfin, j’espère qu’il fait seulement semblant.
Bref, on passe le plus clair de son temps à dire “mais non mais enfin” pour s’extirper de situations délicates dans lesquelles on s’est fourré tout seul. Les mythes tombent un à un dans un bruit assourdissant. Oui, je suis névrosée, non je ne suis pas vierge, oui, j’ai pris de la drogue déjà, non, je ne travaille pas 24h/24, etc. Je n’ai qu’une angoisse, c’est que mon papa lise mes blogs, surtout celui-là. A 34 ans, c’est ridicule, c’est comme se cacher pour fumer ou faire croire qu’on ne boit pas une goutte d’alcool. Surtout que sur le fond, ce qu’on raconte ou qu’on montre, ça n’est qu’une partie de soi, pas forcément la plus glorieuse (la bête beaufesque et graveleuse qui sommeille en moi, par exemple). Et pourtant, en même temps, j’assume quand même vaguement, même si je fais des chichis. Je déballe, je dis un paquet de conneries, c’est pas entièrement vrai ni entièrement moi, mais quand même un peu. Je suis aussi ça, en plus de plein d’autres truc beaucoup moins bloggables. Donc je vais pas trop m’excuser non plus. Puis j’aime bien écrire, moi, et dans ma vraie vie et mon vrai travail, on va dire que j’écris des choses moins drôles et moins débiles, du moins j’essaye, et même si je mets des fois des blagues dans mes cahiers des charges, c’est tout de suite moins de la créativité débridée - si tant est que cela en soit, ici ou ailleurs.
Et puis, comme dit un garçon qui n’a pas la langue dans sa poche (mais souvent dans ma bouche, entre autres, hop, je redeviens graveleuse): “quand tu te fous à poil, faut pas s’étonner que les gens matent”. Right. Cachez ce blog que je ne saurais voir, mademoiselle ?
