Le truc qui est vachement pénible quand on est une fille, c’est qu’on est une fille. Donc les gens s’attendent à tout un tas de comportements dus à notre rang, et moins à d’autres. Par exemple, on boit des kirs et pas du ricard, on ne fait jamais caca, aucun son douteux ne s’échappe d’aucun orifice de notre anatomie, on ne jure pas, on sent bon tout le temps, on sait pas lire un plan, on sait pas monter un meuble même ikea droit, etc. Et surtout, surtout, on ne fait pas de sexe désordonné quand on en a envie sans arrière pensée matrimoniale, on attend sagement le prince charmant.
C’est ça une fille. Une vision bien rétrograde, bien rassurante, on te met dans ta petite case rose toute douce avec des plumes, et tu bouges pas cocotte, steuplé. Il faut reconnaitre, plein de filles sont comme ça, ou du moins le font croire, du coup, on a un mal de chien à se faire entendre quand ça n’est pas le cas. Me rappelle toujours ma mère, qui me sortait une phrase qui ressemblait à “ouh mais que c’est vilain dans la bouche d’une petite fille”. Et j’ai jamais moufté, mais aujourd’hui j’ose, je me demande bien pourquoi un bon vieil “enculéééééééé” des foyers hurlé au volant avec un doigt tendu bien haut est plus seyant chez des individus de sexe masculin.
Combien de fois j’ai entendu “c’est un vrai mec” (quand c’était pas “c’est une sacrée salope”) pour désigner une fille aux mœurs légères ? Et qu’on ne se méprenne pas, hein, je parle de notre génération, pas de mon grand père. Navrant, mais réel. D’ailleurs, y’a qu’à voir la tête des garçons à qui on explique calmement (parce que quand on est une fille, si on n’est pas parfaitement calme, on est vite qualifiée d’hystérique, voire de psycho bitch) que bein ça va aller mon gars, respire, on est bien là, on va juste passer un bon moment, et promis, demain, je ne t’épouse pas.
Une tête qui suinte le doute. Le garçon a peur. Il sait bien qu’au fond, vous voulez l’épouser, pas juste explorer le fond de son boxer. Et vous avez beau prétendre le contraire, le garçon, lui, il est futé, il y voit clair dans votre jeu, il voit mariage clignoter en rouge dans le fond de votre cerveau pervers. Il dit d’ailleurs, tu dis ça mais je suis sure qu’au fond blabla. Et vous argumentez, mais peine perdue, non, non, il se laisse pas faire aussi facilement, faut pas le prendre pour un con. IL SAIT. Et si vous continuez à argumenter, il va se convaincre que vous essayez de vous convaincre vous même, que vous insistez trop pour que ça soit honnête, tout ça.
Épuisant. Laissez tomber, parce qu’il y en a qui ont compris, quand même. Et après on dit que les filles sont compliquées. Au fond, on sait bien ce qui les inquiète: qu’en vrai, vous ne voulez réellement qu’explorer le fond de son boxer. C’est le domaine réservé du mâle, ça. Juste vouloir du meaningless sex sans engagement. Du coup, quand vous lui dites que vous aussi ça tombe bien, c’est la panique. Voire la débandade, pour pouvoir placer ce mot fabuleux. Quoi ça ? Toi femelle, tu veux jouer au jeu du mâle (dominant) ? Ah mais non ah mais non. Je ne suis pas un objet sexuel moi madame.
A leur décharge, en effet, certaines tordues stratégisent. Hop dans le lit, hop à la mairie. Je ne félicite pas ces demoiselles, qui contribuent à répandre cette rumeur absurde que les filles ne peuvent décemment pas juste vouloir du sexe. Une femme honnête n’a pas de plaisir, tout ça, donc elle ne peut pas juste chercher ça, elle a forcément d’autres motivations.
Bein je suis désolée de casser le rêve de la poupée Barbie asexuée, mais dans la vraie vie, des fois, une fille, ça veut simplement un coup de bite de la légèreté. Et puis tant qu’on y est, allez, on déballe: une fille, ça fait caca, même des fois, ça rote et ça pète (et ça monte des meubles droit). Et oui. C’est affreux de se dire qu’on n’est pas si différents finalement. Je sais. Allez, garçon, sirote ton kir, ça va bien se passer.
