Il faut que je me dépêche d’écrire cet article, parce que notre rédactrice en chef vient à Berlin ce week-end et compte bien aller faire un tour dans cet endroit mythique : le Berghain. Or il se trouve que j’habite juste à côté, à Friedrichshain, entre la Ostbahnhof et la Karl Marx Allee, et je ne voudrais pas qu’elle me vole le sujet qui me revient de droit.
J’ai pris une claque la première fois que j’y suis allé, je ne connaissais pas encore la légende. Je ne savais pas qu’il était réputé pour être le meilleur club du monde avec le meilleur sound-system du monde . On allait juste voir mixer Venetian Snare, un artiste qui fera sans doute l’objet d’un prochain post. Le mecs à l’entrée nous ont regardé bizarrement, mais on ne se doutait de rien.
Le club est installé dans une ancienne centrale électrique, dans un terrain vague , au milieu d’un chantier. On fait le tour du bâtiment pour trouver l’entrée : c’est un énorme bloc, avec de gigantesque vitres de verre, un style communiste années 50, du neo-classique en béton. A l’intérieur, c’est majestueux : une sorte de cathédrale industrielle de 18 mètres de plafond. La déco est absente, il n’y a ni écrans géants ni gogo danseuses. Les lumières sont à la fois simples et grandioses : des carrés de couleur dont les rayons traversent les vitraux latéraux pour s’écraser contre l’énorme paroi qui se trouve juste derrière. La piste est gardée par d’énormes caissons de basse qui se font face comme les 2 lions à la porte de Mycènes, et le son est énorme, d’une puissance assourdissante mais d’une pureté incroyable.
On passe son temps à chercher son chemin dans des recoins sombres, où l’on croise des instruments de tortures et des vieux strapontins miteux. Les photos sont interdites, et selon les rumeurs certaines soirées seraient un exemple de décadence. Au premier étage il y a le Panorama Bar, qui fait dans la House : au petit matin, les persiennes s’ouvrent quelques secondes et le soleil vient éblouir subitement la foule en transe.
Mais le problème du Berghain, c’est qu’il faut y entrer. Il ne s’agit pas d’être “accompagné”, comme disent les videurs parisiens ; la sélection est aléatoire et draconnienne. J’ai même entendu dire qu’ils refoulent une personne sur dix au hasard. En tout cas, ce qui est sur c’est que l’on a plus de chance de rentrer en short, tatouages, piercings et gros bras qu’en slim et chaussures vernies. Ils décèlent immédiatement les touristes, les curieux et tous ceux qui n’ont rien à faire là. La dernière fois qu’on a voulu entrer, on avait surement l’air de trop gentils garçons et on est reparti après avoir fait une heure de queue pour rien. On est rentré à la maison en ruminant notre humiliation, pour finalement conclure que vraiment, ils n’étaient pas très ouverts d’esprits là dedans.